21/03/2013

DROIT DE VOTE DES ETRANGERS : UNE RECULADE

Il faut appeler un chat un chat et la position du gouvernement sur le droit de vote des étrangers aux élections locales une reculade. Honteuse qui plus est, la question ayant tout bonnement disparu des textes sur la réforme constitutionnelle présentés la semaine passée au Conseil des ministres. 

Le gouvernement ne s’en est pas vanté. Une reculade : voilà plus de trente ans, depuis les propositions de François Mitterrand, que le PS, en période électorale, la fait sortir des eaux pour la replonger ensuite dans les profondeurs. C’est injuste, parce que c’est une promesse non tenue. C’est injuste encore, car les étrangers qui travaillent ici, qui payent des impôts ici, qui participent de toutes les manières à la vie sociale dans leur commune, leur quartier, devraient donc rester indéfiniment hors de la citoyenneté que confère le droit de vote, de la citoyenneté qui leur permettrait d’intervenir dans la construction de la chose publique qui les concerne, tout autant que les « nationaux ». Mais ce n’est même pas qu’une question de justice, ce qui pourtant est déjà beaucoup, car on ne construit pas du lien social dans l’injustice.

Il est tout de même assez confondant de voir le gouvernement, en l’occurrence par la voix du ministre de l’intérieur, Manuel Valls, davantage préoccupé de reconduites à la frontière que de l’intégration citoyenne d’hommes et de femmes à qui l’on tient volontiers le discours des devoirs mais qui restent privés d’un tel droit. Le droit de vote, ce n’est pas un hochet qui récompenserait les étrangers méritants, c’est la condition fondamentale d’une participation au devenir de la commune, de la nation. En privant les étrangers de ce droit, c’est à la France et à la démocratie que l’on porte tort.

Pour le gouvernement, la situation politique ne s’y prêterait pas car il n’y aurait pas, au Congrès, soit la réunion de l’Assemblée et du Sénat, la majorité des trois cinquièmes requise pour un changement constitutionnel. C’est exact. Mais un projet peut parfaitement, et dans une première étape, être voté à l’Assemblée et au Sénat, être ensuite proposé au Congrès, et, selon le résultat, faire l’objet ou non d’une procédure référendaire. Mais, surtout, il n’y a que les combats qu’on ne mène pas qui sont perdus d’avance. La réalité, c’est que le gouvernement ne veut pas mener ce combat en s’appuyant sur toutes celles et tous ceux qui seraient prêts à le mener avec lui, comme il ne veut pas mener d’autres combats, beaucoup trop d’autres.

Il est assez cocasse, ou plutôt navrant de lire que le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, attend avec impatience le débat sur la motion de censure déposée par la droite « pour qu’on ait, dit-il, une bonne explication de fond devant l’opinion publique ». Mais, monsieur le Premier ministre, l’explication devant l’opinion, voilà dix mois qu’elle a lieu. Et voilà dix mois qu’elle ne traduit aucun des changements que ceux qui ont porté au pouvoir le président de la République et une majorité de gauche attendaient. L’explication, elle a eu lieu dans les urnes dimanche dernier, dans l’Oise, où le PS est éliminé du second tour au profit de l’UMP et du FN. Nombre d’élus socialistes s’en inquiètent, qui réclament de la « pédagogie ». Mais ce n’est pas des pédagogues et encore moins des démagogues qu’attendent les électeurs de gauche, les salariés, les plus modestes, ce sont des actes et du courage politique, non pas pour ces réformes dites « douloureuses », qui ne font aucun mal à ceux qui les prennent, mais pour une politique de gauche qui affronte les politiques d’austérité et de régression sociale.