05/06/2014

REFORME TERRITORIALE : UN COUP DE JARNAC CONTRE LA DEMOCRATIE

Alors que 58% des Français se déclarent favorables à un référendum, François Hollande a présenté une réforme territoriale autoritaire et austéritaire, sans autre objectif que de débrider la concurrence et le "marché".

Ainsi donc, nous n’aurons pas l’Alsace et la Lorraine, mais la Picardie. François Hollande a démenti dans la presse régionale l’annonce du JDD du week-end dernier. La région Champagne-Ardenne sera donc fusionnée avec cette dernière selon le dernier schéma visant à réduire de 22 à 14 les régions métropolitaines. Manuel Valls annonçait le lendemain même que cette «réforme difficile» allait «forcément évoluer» lors des débats au Sénat et à l’Assemblée Nationale. Mais derrière la “souplesse” de façade, la doctrine libérale de la réforme ne sera pas défrisée d’un cheveu.

Des régions de «compet’»
Elle est ramassée en une phrase du premier ministre : «L'essentiel est de [...] rendre nos régions plus fortes, plus compétitives» pour gagner en «efficacité». Comme à son habitude, le président de la République n’a tenu aucun compte ni des consultations préalables, ni de la grogne dans son parti et parmi les élus de sa majorité, et moins encore des leçons de deux dernières élections. Il n’entend pas varier de des objectifs qui lui sont imposés depuis Bonn et Bruxelles. Cette réforme n’affiche pas d’autre ambition que l’austérité accrue pour les budgets publics et l’accroissement de la compétition entre territoires, conformément aux injonctions européennes. Cela se fait par l’aggravation de l'autoritarisme inhérent à la Vème République - qu’il fustigeait avec Sarkozy ! - et la mise en place de pouvoirs de plus en plus technocratiques, hors de contrôle de la souveraineté populaire. En annonçant qu’il n’y aura pas de référendum, il esquive une validation démocratique aux résultats incertains. Les régions ont été redécoupées à la “va-comme-je-te-pousse” avant même que soient définies les missions des collectivités. Tout serait ainsi imposé sans s’appuyer sur le bilan de l’action menée dans les diverses collectivités, ni sur la créativité qui a fait la grande force de la décentralisation.

Un acte de destruction
Ce projet est contraire à un renouveau de la République, à l'égalité entre les territoires et à celle en droits de toutes et tous. Avancer la diminution du nombre d'élus du peuple comme un progrès démocratique et comme une source d'économies, très hypothétiques, ravira la droite et son extrême. Quoi qu’elles en disent : c’est leur inépuisable fonds de commerce. La République a besoin d’un sérieux coup de jeune - de passer la VIème -, or la réforme est un acte de destruction qui conduit à une nouvelle concentration des pouvoirs. Une fois de plus, il s’agit de répondre au mieux aux exigences de casse sociale des forces patronales et de la finance, dont l’emprise s’est accrue depuis 2012.

Les hommes et les femmes de notre pays et de notre continent ont de plus en plus le sentiment que le pouvoir est ailleurs, qu’il s’exerce sans eux et contre eux, qu’ils évoluent dans une démocratie d'apparence. Aucune modification des règles de la démocratie ne doit se faire sans la démocratie. Le Parti communiste exige l’organisation de référendums pour chaque modification et, impulsé par une Assemblée Constituante, un grand débat citoyen pour refaire de la République notre bien commun. Si son «big bang territorial» est paré d’autant de vertus qu’il nous le dit, le Président doit chercher ses appuis en associant le peuple aux décisions qui le concernent.