29/07/2014

5 AVRIL 1908 : JAURES INAUGURE L'HOPITAL DE ROMILLY

Clic sur l'image pour  l'agrandir
Le 5 avril 1908, Jean Jaurès inaugure l’hôpital de Romilly-sur-Seine. 5 000 personnes accueillent et accompagnent le grand tribun socialiste qui prononce l’après-midi un discours très politique, sur bien des aspects encore d’actualité.

Le maire socialiste Jules Bouhenry avait invité Jaurès à venir inaugurer l’hôpital-hospice en construction, avenue des Hauts-Buissons (devenue avenue Jean-Jaurès). Le tribun socialiste est acclamé, à son arrivée par l’express de 11 h 12, par 5 000 personnes aux cris de «Vive Jaurès !», «Vive la Sociale !». Jaurès est accompagné d’Etienne Pédron, de Louis Dubreuilh, secrétaire général du Parti socialiste, et par le député socialiste de l’Aube, Léandre Nicolas. La présence de Paul Lafargue, gendre de Karl Marx, mentionnée dans une monographie sur l'hôpital d'un historien romillon, n’est confirmée par aucune source historique ou iconographique.

Le cortège se rend à l’hôtel de ville pour un vin d’honneur, puis au Casino où un banquet est servi avec, à son menu, l’un des plats préférés de Jaurès : des petits pâtés Lucullus sauce madère. La veille, un samedi, une “distribution extraordinaire aux indigents” avait eu lieu. Puis c’est le départ vers le terrain de l’hôpital, qui n’est pas encore achevé, où se tient un meeting. Plusieurs orateurs s’expriment : un conseiller municipal de Romilly, Vasset, Léon Osmin, secrétaire de la mairie et très proche de Jules Guesde, Pédron et Dubreuilh. Jaurès prend enfin la parole et prononce un discours éminemment politique car des élections municipales sont fixées au 3 mai suivant. Le journal La Défense des Travailleurs de l’Aube [n° 838 du 10 avril 1908] le reprend partiellement (lire ci-dessous). Pourtant, à ces élections municipales, la liste socialiste sera battue par la liste dite de «concentration républicaine» rassemblant l’Action libérale populaire, les progressistes et les radicaux-socialistes.

Cette journée mémorable du 5 avril 1908 s’achève par une soirée artistique suivie d’un bal populaire à la salle du Casino où sont applaudis La Muse Socialiste, Les Amis Réunis et une pièce de théâtre en trois actes écrite par Léon Osmin et au titre évocateur : "Les Voleurs".

EXTRAITS DU DISCOURS DE JEAN JAURES A ROMILLY

"(...) L’humanité restera dans une condition précaire, exposée aux souffrances de la misère et de l’exploitation, tant que l’union du prolétariat n’aura pas capté à son profit les forces du travail (...).

La république démocratique n’est qu’une république de surface laissant subsister l’oligarchie économique. (...) [Les militants socialistes - ndlr] savent qu’ils ne jouiront d’aucune dignité, d’aucune liberté que lorsque les hommes seront les coopérateurs de la production sociale (...).  Je dis que les militants de Romilly (...) n’ignorent point ces vérités socialistes. (...)


La classe capitaliste est maîtresse de l’offre et de la demande. Elle ouvre ou ferme l’usine à sa volonté, rendant parfois les producteurs respirer en dehors de la production l’air pur et peu nourrissant de la liberté bourgeoise. C’est de là que découle la lutte des classes que le socialisme ne crée pas car il déplore la haine. Pour extirper la racine du mal, changeons le régime de propriété (...)."

Sources : Olivier Pottier - Pierre Guillaumot -  Archives privées