28/07/2016

LE CONTRASTE

Le temps est maintenant venu d’affirmer les choses clairement, avec le mépris qui sied aux circonstances. 

Ceux qui continuent de surfer sur les drames, sur les peurs, sur la surenchère, sur les pires pulsions réactionnaires qui tentent d’atomiser toute idée d’intelligence intime et collective, sont indignes de la France. Indignes de cette France dont ils n’ont que le nom à la bouche, la main sur le cœur, et dont ils trahissent l’esprit à chacune de leurs sorties médiatiques, quand s’exprime le vice appuyé sur le bras de la haine. Il n’y pas de mots assez durs pour qualifier les postures mortifères des Sarkozy et consorts, des Le Pen et de la "fachosphère", et même de certains pseudo-journalistes, qui en oublient le sens premier de leurs responsabilités impérieuses par temps de crises successives. Tous ces braves gens agissent comme s’ils se tenaient à l’affût depuis toujours. Mais que proposent-ils, sinon une rupture bonapartiste ou pétainiste avec notre corpus républicain ? Leur modèle de société ressemble aux pompes funèbres. Ils sont des receleurs de la mort au profit de leurs succursales idéologiques.

Quel contraste éloquent avec l’attitude du maire de Saint-Étienne-du-Rouvray, Hubert Wulfranc, impressionnant par son émotion simple et tremblante, sans jamais se départir du sens de notre humanité, mais également par ses mots qui résument tout et résonneront longtemps en nous : « Soyons les derniers à pleurer, à être debout contre la barbarie, dans le respect de tous. »

Et puis il y a les autres, la masse des citoyens, celles et ceux qui refusent de céder à la peur et aux pièges tendus par les terroristes et leurs cliques d’idiots utiles constitués à droite et à son extrême. En son for intérieur, notre société - pourtant très abîmée - refuse la théorie morbide dite de la « guerre de civilisations ». Vaincre le terrorisme et vivre en sécurité ne réclame pas des coups de menton, des claquements de talons sécuritaires et des discours guerriers, mais plus de République, donc plus de droits, plus de justice, plus de démocratie, plus de culture et surtout plus d’égalité, notamment pour que les héritiers de l’immigration se sentent des citoyens à part entière.

21/07/2016

LA FRACTURE DE LA LOI TRAVAIL

De longues heures de débat pour l’état d’urgence. Le 49-3 pour la loi travail. 

L’année parlementaire s’achève sur ce paradoxe : l’espace politique est saturé par les polémiques sur la prolongation d’un régime d’exception à l’efficacité toute relative, alors qu’une réforme qui déstructure plus d’un demi-siècle de contrat social est reléguée au rang de « formalité ».

Les sénateurs ont rejeté la loi El Khomri sans l’examiner. La fin de parcours à l’Assemblée nationale se révèle tout aussi méprisante pour la démocratie, Manuel Valls ayant "rebeloté" sur une adoption sans vote. Figé dans l’entêtement à passer en force, le gouvernement annonce des décrets d’application rapides pour mettre en œuvre une réforme qui continue de mécontenter 71 % de Français, selon un sondage Odoxa publié lundi par les Échos.

Mais l’abus de pouvoir institutionnel pour imposer un texte sans majorité, l’intolérable répression policière du mouvement social, la violente campagne d’insultes à l’encontre de la CGT ne seront pas oubliés de sitôt. Après cinq mois de contestation, l’intersyndicale reste en phase avec l’opinion puisque 55 % des Français sont favorables à une poursuite de la mobilisation à la rentrée. Qui va avoir lieu.

Car les salariés ne s’y trompent pas. Beaucoup font déjà l’expérience des accords compétitivité-emploi, dérogatoires au Code du travail. Adoptés sous Sarkozy, ils se sont révélés être des réceptacles au chantage patronal à l’emploi avec augmentation du temps de travail et baisse des salaires. Le gouvernement ressert cette soupe amère, gravée dans le marbre de l’article 2. Il a même trouvé son accord modèle, celui de PSA, qui échange des embauches contre davantage de samedis et de nuits travaillés. De l’emploi contre de la flexibilité, Myriam El Khomri appelle ça le « progrès négocié ». Dans une société déjà fissurée, la loi travail ouvre une fracture de plus, une fracture sociale. La loi travail est passée mais l’exécutif n’a pas gagné.

06/07/2016

49-3 : COUP DE FORCE D'UN POUVOIR EN GUENILLES !

Gattaz le voulait impatiemment : «fermer la parenthèse» de la contestation de la loi travail. Hollande et Valls l’ont fait. Du moins, espèrent-ils l’avoir fait en utilisant une nouvelle fois l’article 49-3 à l’Assemblée Nationale, où le texte est revenu mardi en seconde lecture. 

Oubliés les temps où le premier secrétaire du PS et le député-maire socialiste d’Evry (Essonne) ne trouvaient pas de mots assez durs contre un article qu’ils vouaient aux gémonies et destinaient aux poubelles de la République. C’était l’époque où, peut-on supposer, la finance était (encore ?) leur ennemie, avant celle d’un pouvoir remis entre leurs mains par le peuple, pressé d’éjecter Sarkozy, mais ouvrant, à ses dépends, à d’autres renards les portes du poulailler.

Borné et faisant la sourde oreille...
Sur fond de mascarade avec la droite lors de l’examen au Sénat, Valls avait répété son intention d’aller jusqu’au bout, de ne rien accepter de ce qui pourrait dénaturer, ne serait-ce même qu’adoucir, une loi tricotée sur mesure pour le grand patronat et façonnée selon les instructions de la Commission européenne. Au même moment, dans le pays, la contestation des forces syndicales et politiques essayait de lui faire entendre qu’il faisait fausse route et soumettait des propositions alternatives. Et quelle morgue dans l’intervention, ce mardi, de l’exécuteur des basses œuvres du pouvoir, osant affirmer que «ce texte est un texte de progrès. Il a fait l’objet d’une large concertation. [...] Cette loi a été considérablement enrichie. Nous avons reçu l’ensemble des partenaires sociaux» ! Un singulier rhabillage d’une loi qui n’est majoritaire ni dans le pays, ni dans le monde syndical et social, ni même au sein de la majorité du gouvernement. Borné et faisant la sourde oreille, le pouvoir, affaibli, a choisi de couper court, une nouvelle fois et comme avec la loi Macron, au débat démocratique avec les représentants élus par nos concitoyens.